Pfizer encore condamné à 345 millions de dollars d’amende

Pfizer a un code d’éthique (si, si)

Contrairement à ce que voudraient faire croire certains sceptiques, Pfizer possède bel et bien un Code d’éthique professionnelle. Son titre ? Le Livre bleu. Cela rappelle nos Contes bleus du Chat perché et c’est aussi réaliste. La loi anti-trust, on ne plaisante pas avec ça, chez Pfizer. Une page (19) lui est consacrée. Pfizer y déclare fermement interdire :

– les discussions ou contacts avec les concurrents concernant la tarification, les coûts, ou les conditions de vente ;
– les discussions ou contacts avec les fournisseurs et les clients qui limitent injustement le commerce ou excluent des concurrents du marché ;
– les accords avec les concurrents concernant les attributions de marchés ou de clients ;
– les accords avec des tiers pour boycotter des clients ou des fournisseurs.
La hauteur morale de cet engagement frôle les cimes : « Le simple fait de plaisanter sur des sujets inappropriés, comme les stratégies marketing ou tarifaires, est susceptible d’être mal interprété et mal rapporté. Si la conversation s’oriente vers toute forme de discussion anticoncurrentielle, vous ne devez pas y participer et la quitter immédiatement ».

18 novembre 2021 : Pfizer encore condamné

On aurait pu naïvement penser qu’avec 4,661 milliards de dollars d’amendes pour publicité mensongère, charlatanisme, corruption de médecins et de fonctionnaires, chez Pfizer on se serait acheté une conduite. Mais non. Ils ont récidivé. Le 21 août 2018, un recours collectif est lancé grâce au juge fédéral Daniel Crabtree qui s’oppose à une tentative des laboratoires incriminés de rejeter l’affaire. Motif de la plainte : Pfizer (le fabricant) et Mylan (le franchisé depuis 2007) ont violé les lois antitrust dans la vente des auto-injecteurs d’épinéphrine EpiPen. Il s’agit d’un médicament injectable dont ont besoin les personnes souffrant d’allergies graves et potentiellement mortelles (anaphylaxie). Le 18 novembre 2021, Pfizer et deux de ses filiales, Meridian Medical Technologies et King Pharmaceuticals, ont été condamnés à l’issue d’un procès antitrust à 345 millions de dollars d’amende pour régler les réclamations des consommateurs qui avaient payé trop cher le dispositif EpiPen.

Les accusations : concurrence déloyale, corruption, etc.

– Pfizer et Mylan se sont livrés à « un stratagème illégal pour monopoliser le marché ». Le stratagème aurait consisté à augmenter le prix de l’EpiPen et à utiliser les marges plus élevées pour offrir des remises plus importantes aux gestionnaires de prestations pharmaceutiques en échange de meilleures positions ou de positions exclusives sur les formulaires.
– Le prix de l’EpiPen a augmenté en 2016 de plus de 600 % sous la franchise de Mylan  (Pfizer demeurant le fabricant). Aux États-Unis, en 2020, la solution injectable d’Epipen est vendue 669,82 $. En France, le même médicament est vendu 69,28 €. Curieusement, dans le Vidal, depuis le 23 novembre 2021, six jours après le verdict du procès, « la publication de commentaires est momentanément indisponible ».
– Les sociétés ont abusé du droit des brevets et des processus réglementaires pour retarder la mise sur le marché de produits concurrents et ainsi garder le monopole du marché.
– Mylan a également bloqué la concurrence, selon le New York Times, en demandant aux écoles qui obtenaient des EpiPen à prix réduit de signer un contrat qui leur interdisait d’acheter des injecteurs auprès d’autres sociétés.
– Mylan a dépensé 4 millions de dollars en efforts de lobbying visant à faire adopter la loi sur l’accès des écoles à l’épinéphrine d’urgence. Cette loi, promulguée en 2013, accorde une priorité de financement fédéral aux écoles qui stockent des auto-injecteurs d’épinéphrine. Mylan a ensuite offert aux écoles des EpiPens gratuits ou à prix réduit, mais par le biais d’accords qui en faisaient le fournisseur exclusif. Rappelons les grandes valeurs prônées par l’entreprise dans son Code d’éthique professionnelle, page 20 : « Pfizer dispose depuis plusieurs années d’une politique visant à interdire aux collègues et tous ceux agissant au nom de Pfizer, d’offrir, de donner, de solliciter, d’accepter ou de recevoir un pot-de-vin ».

Pfizer : une machine à corrompre

Le prix des vaccins contre le Covid commandés par la Commission européenne devait rester confidentiel. Selon le Financial Times, Pfizer et BioNTech ont renégocié leurs contrats et augmenté leurs prix. Le quotidien britannique, qui a pu consulter ces contrats, affirme que le prix d’un vaccin Pfizer est passé ainsi de 15,50 euros à 19,50 euros. Quand on multiplie par 1,8 milliard de doses, ça fait un beau bénéfice (36 milliards de dollars en 2021). On ne se refait pas. Chez Pfizer, loi anti-trust ou pas, code d’éthique ou pas, augmenter les prix et abuser d’une position dominante, c’est l’esprit maison.
Source : Le Média en 4-4-2

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