Facebook : la mutation vers le service de renseignement politique

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Facebook aurait espionné les conversations privées de ses utilisateurs qui ont remis en cause l’intégrité de l’élection présidentielle de 2020   Pixabay

CHRONIQUE – Selon des sources émanant du département de la Justice des États-Unis, le groupe Meta aurait espionné des millions de messages privés au cours des 19 mois suivant la campagne électorale des dernières présidentielles aux États-Unis, rapporte le le New York Post. Le résultat de cet espionnage aurait été transmis au FBI. Facebook appartient au groupe Meta, tout comme Instagram, Messenger, WhatsApp. Tous les messages de ces applications auraient été reportés, dès lors « qu’ils exprimaient des sentiments anti-gouvernementaux ou anti-autorités ». Facebook aurait fait sien les méthodes appartenant au glossaire des pires dictatures, en signalant comme « subversifs » les commentaires critiques surgit lors de conversations privées. Terme qui reprend du service.

Les révélations du New York Post font référence à une collaboration qui pourrait se qualifier d’organique entre Facebook et le FBI, sous forme d’un espionnage sauvage, informel, néanmoins méthodique, dépourvu de mandat judiciaire et sans investiture de la part de l’organe qui le pratique. Le renseignement devient espionnage lorsqu’il est clandestin. Il s’agit donc bien d’espionnage. En quelque sorte, Facebook serait devenu une sorte de revival global des Renseignements Généraux (RG), en plus efficace, dans la mesure où le service garantit le tout en un : délation et châtiment. Captation clandestine des données en amont et en aval, stigmate pour les fautifs, sous forme de banner ou d’exclusion. Il ne coupe pas encore les mains.

Selon la source du Département de Justice (DoJ) pour ses sigles en anglais, sur laquelle s’appuie le Post : « Facebook fournit au FBI des conversations privées qui sont protégées par le premier amendement, sans aucun mandat judiciaire ». Pour dissimuler la voie criminelle par laquelle ces informations lui sont livrées, le FBI a recours à un grand classique des républiques bananières, la légitimation rétroactive. Pourtant, malgré la politisation du FBI, les instructions qui s’ensuivent ne mènent nulle part. Car il ne s’agit pas de rechercher de dangereux terroristes islamistes, voire des membres du crime organisés, ou des politiques corrompus, mais juste des gens qui ne votent pas bien. La matrice, celle du renseignement politique à l’ancienne, se heurte encore à certaines résistances de l’État de droit, que le groupe Meta ne peut pas (encore) résoudre, dans la fabrication de « terroristes ».

Côté Facebook, le zèle est des plus volontaristes. Une fois que ce mandat a été rédigé, « Facebook envoie en une heure des gigabits de données et de photos ». Le service juridique de Facebook, sollicité par le New York Post, répond à l’aune des valeurs du moment en renversant les concepts. Erica Sackin, porte-parole de Facebook a défendu le procédé par le souci de « protéger les gens ».

Tous ces éléments de langage sont ceux des vieilles dictatures au cours desquelles toutes les horreurs se commettaient en prétextant la nécessité de protéger les gens d’eux-mêmes. D’où l’intérêt de suivre de très près le choix des mots. Sackin a travaillé pour la campagne « Obama for America. Elle est en charge chez Facebook de la lutte contre le terrorisme, les organisations et individus dangereux ». Le terme de l’équation à retenir est : individu. Ce n’est pas le terrorisme des groupes djihadistes que Barack Obama finançait en Syrie que vise l’intitulé de la fonction, mais la terreur qu’inspire un individu qui ose défier le consensus. En démocratie, une personne critique est un opposant, en dictature, elle devient dissidente. Dans le système totalitaire, c’est un terroriste.

Le rôle de Facebook au cours de l’élection présidentielle de 2020 est désormais connu par la bouche de son patron, Marck Zuckerberg, lequel a admis, en août dernier, avoir censuré des informations qui auraient pu opérer une différence significative dans le choix du président, en bloquant pendant la campagne tous les post relayant les révélations, désormais reconnues comme vraies, du New York Post. Informations qui avaient trait à la corruption de Hunter Biden, fils de l’actuel président. Zuckerberg avait alors affirmé que cette demande de censure provenait du FBI, alléguant qu’il s’agissait de propagande russe. Le rôle de censeur, d’éradication, de mise à l’index de Zuckerberg est connu : Covid, Ukraine, dernière élection américaine, culture woke, les blocages de contenus et de messagers vont toujours dans le même sens.

Désormais, ce qui serait en cause, ne serait plus seulement le rôle abusif d’un réseau social qui, depuis 17 ans, éditorialise comme un titre de presse sans en être un, ni même l’usage commercial des données. Ce qui est en cause serait son rôle d’espionnage politique. Si les informations du Post se vérifient, comme se sont vérifiées les révélations sur la corruption du clan Biden, le groupe Meta devrait se voir traiter comme un service d’espionnage illégal.

FranceSoir